La deuxième journée du segment politique de haut niveau consacré au financement du secteur de l’éducation et de la formation en République démocratique du Congo a placé, ce mercredi 29 avril 2026, la mobilisation du secteur privé et l’alignement des investissements au cœur des échanges. L’objectif est de combler le déficit structurel de financement et de jeter les bases d’un modèle d’investissement plus cohérent et durable.
Organisées à l’hôtel Hilton Kinshasa du 28 au 30 avril 2026, ces assises réunissent décideurs publics, partenaires techniques et financiers, ainsi qu’acteurs économiques autour d’un engagement national en faveur de l’éducation et de la formation.
Cette journée s’est articulée autour de panels stratégiques consacrés à l’alignement des investissements et à l’exploration de mécanismes innovants de financement.
Dès l’ouverture, Jessica Véronique Webe, directrice exécutive du UN Global Compact, a insisté sur la nécessité d’un engagement structuré du secteur privé dans le financement éducatif. Elle a plaidé pour des partenariats renforcés entre l’État et les entreprises, condition essentielle pour garantir des investissements efficaces et alignés sur les priorités nationales.
Selon elle, la RDC doit se doter d’un modèle de financement durable, porté par une vision claire de l’État. Elle a également souligné l’importance de diversifier les sources de financement afin d’éviter la fragmentation des interventions et de favoriser une meilleure coordination entre pouvoirs publics, secteur privé et partenaires techniques et financiers.
Le premier panel a réuni notamment Ambroise Tshiyoyo, vice-président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), Jennifer Hofmann, du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), ainsi que Jessica Webe.
Les échanges ont porté sur la cohérence entre investissements privés et politiques publiques. Le rôle du secteur privé y a été repositionné comme un facteur stratégique du développement éducatif.
Ambroise Tshiyoyo a salué les avancées enregistrées sous l’impulsion de la ministre de l’Éducation nationale, Raïssa Malu, soulignant que l’engagement du secteur privé ne relève pas de l’assistanat, mais d’un investissement structurant et stratégique.
« L’engagement du secteur privé dans l’éducation n’est pas une aide, mais une responsabilité partagée. C’est un secteur d’investissement stratégique », a-t-il affirmé, appelant à des actions concrètes alignées sur les priorités sectorielles et le Pacte partenarial.
De son côté, Jennifer Hofmann a insisté sur la dimension qualitative de cet engagement.
« Le secteur privé n’est pas simplement un porte-monnaie supplémentaire, mais un partenaire stratégique capable d’accompagner la transformation des systèmes éducatifs, notamment par l’innovation et la technologie », a-t-elle déclaré.
Elle a illustré son propos en évoquant une expérience menée en République centrafricaine, où le GPE a facilité un partenariat entre le ministère de l’Éducation et le géant technologique Cisco, afin d’améliorer les systèmes de collecte et d’analyse des données éducatives.
La question de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) a également été mise en avant. Ambroise Tshiyoyo a appelé le gouvernement à mieux orienter les cahiers des charges vers des investissements structurants en faveur de l’éducation, afin de renforcer l’impact des contributions du secteur privé.
Le deuxième panel, consacré au thème « Combler le gap de financement : des taxes aux mécanismes innovants », a ouvert la voie à plusieurs propositions concrètes, parmi lesquelles la mise en place de taxes dédiées, le développement de fonds sectoriels et la création d’outils financiers innovants.
Des intervenants tels que Serge Nawej, du Réseau Makutano, Jacques Tshimbalanga, coordonnateur du CONEPT, et Guy Lombela, directeur général du Fonds de promotion pour l’éducation et la formation, ont insisté sur l’urgence de diversifier les sources de financement.
Au-delà des diagnostics, un consensus s’est dégagé sur la nécessité de traduire les engagements en actions concrètes, notamment en impliquant davantage les entreprises locales.
Les discussions ont également intégré les contributions des provinces, des partenaires techniques et financiers ainsi que des institutions internationales, dont l’UNICEF, qui a souligné l’importance d’une approche intégrée pour améliorer l’accès et la qualité de l’éducation.
L’après-midi a été consacré à l’élaboration d’un cadre d’engagement du secteur privé, suivie d’une session de consolidation des priorités nationales pour la Stratégie sectorielle intérimaire de l’éducation et de la formation (SSIEF) 2026-2030.
La journée s’est achevée par la validation des orientations issues des travaux, traduisant une volonté commune de passer d’une logique de constat à une dynamique d’action.
À travers cette mobilisation du secteur privé et l’alignement des investissements, la RDC entend poser les bases d’un financement durable de son système éducatif, en misant sur une synergie renforcée entre l’État, les partenaires internationaux et les acteurs économiques. Un pari ambitieux mais indispensable pour répondre aux défis structurels du pays en matière d’éducation et de formation.
Il convient également de souligner que ce segment politique de haut niveau s’inscrit dans le premier principe directeur du plan quinquennal 2024-2029, axé notamment sur le dialogue avec les parties prenantes, l’investissement dans la formation et le développement des enseignants.
Marie Shomba & Glodi Mboma
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