À Genève, lors du premier panel de la Conférence de haut niveau d’Education Cannot Wait (ECW), la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté a plaidé pour une éducation qui ne se limite pas au maintien des écoles ouvertes, mais garantit la continuité des apprentissages, la protection des enfants et leur développement intégral. Elle a également appelé à des financements internationaux prévisibles et rapidement mobilisables.
La République démocratique du Congo entend renforcer la résilience de son système éducatif face aux conflits armés, aux déplacements de populations et aux crises sanitaires.
C’est le message porté par la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, au premier panel de la Conférence de haut niveau d’Education Cannot Wait (ECW), organisée ce jeudi 5 novembre 2026 à Genève, en Suisse, autour de la reconstitution des ressources financières.
Devant les partenaires internationaux, les bailleurs de fonds et les représentants des gouvernements, la ministre a présenté les priorités congolaises pour préserver le droit à l’éducation des enfants vivant dans les zones affectées par les crises, particulièrement dans l’Est du pays.
Pour Raïssa Malu, l’enjeu dépasse la simple réouverture des établissements scolaires. Il s’agit avant tout de préserver les apprentissages et la continuité des parcours éducatifs malgré l’insécurité et les déplacements forcés.
« Nous pensons qu’il ne suffit pas simplement de maintenir les écoles ouvertes. L’essentiel est de préserver les apprentissages et, surtout, de garantir la continuité du parcours scolaire et académique des enfants », a-t-elle souligné.
Cette orientation s’inscrit dans la Stratégie de l’éducation et de la formation en situation d’urgence (SEFSU) 2025-2029, portée par le ministère dans le cadre de son Plan quinquennal 2024-2029.
Son financement global est estimé à 824,20 millions USD pour la période 2025-2029, dont 326,72 millions USD d’interventions programmées pour 2027-2029. Près de 249 millions USD sont directement consacrés à la continuité éducative, à l’accès à l’éducation et à la protection des enfants. Le dispositif vise notamment à consolider les interventions engagées en Ituri, au Nord-Kivu et au Tanganyika.
Une réponse intégrée centrée sur les besoins de l’enfant
La ministre a insisté sur la nécessité de dépasser les réponses exclusivement scolaires pour prendre en compte les différentes vulnérabilités auxquelles les enfants sont confrontés en période de crise.
Le Gouvernement travaille notamment avec des partenaires comme ECW à la mise en place d’espaces temporaires d’apprentissage, au fonctionnement d’écoles provisoires et au soutien des enseignants dans les zones affectées. Ces interventions doivent également intégrer la nutrition, l’accès à l’eau, les soins de santé et la prise en charge des traumatismes psychologiques.
« Un enfant qui a faim ne peut pas étudier », a rappelé Raïssa Malu, défendant une approche qui associe éducation, protection et bien-être. Cette vision rejoint les programmes de résilience pluriannuels soutenus par ECW en RDC, qui combinent notamment espaces d’apprentissage sécurisés, nutrition scolaire, accompagnement psychosocial et formation des enseignants.
La ministre a également évoqué le recours à l’enseignement à distance et la nécessité d’adapter rapidement les réponses éducatives à l’évolution des crises, notamment sanitaires, afin d’éviter que les urgences ne compromettent durablement les parcours scolaires.
Des financements pluriannuels et rapidement mobilisables
Sur la question du financement, Raïssa Malu a plaidé pour un engagement international inscrit dans la durée, mais suffisamment flexible pour répondre rapidement aux nouvelles situations d’urgence.
« Nous avons besoin de financements pluriannuels pour assurer la continuité des interventions. Mais il est tout aussi important de disposer de financements que nous pouvons mobiliser très rapidement », a-t-elle déclaré.
Tout en saluant la contribution des bailleurs de fonds, la ministre a rappelé que le Gouvernement congolais poursuit également ses efforts de mobilisation des ressources internes pour consolider les acquis en matière d’accès à l’éducation, de qualité des apprentissages et de protection des enfants.
À l’issue de cette conférence de Genève, les gouvernements, partenaires internationaux, bailleurs de fonds et acteurs des secteurs public et privé ont annoncé des engagements financiers immédiats de 541,6 millions USD dans le cadre de la campagne « Hope Starts Here » (L’espoir commence ici).
Cette mobilisation vise à permettre à 10 millions d’enfants des pays touchés par les crises d’accéder à une éducation de qualité entre 2027 et 2030.
Au-delà de l’école, reconstruire l’être humain
L’un des points marquants de l’intervention de Raïssa Malu a été son plaidoyer pour une éducation qui prenne également en compte les conséquences humaines et psychologiques des conflits.
S’appuyant sur le témoignage d’une personnalité originaire de l’Est du pays, dont les parents ont été victimes de violences liées au conflit, elle a expliqué comment les traumatismes vécus durant l’enfance peuvent continuer à influencer les comportements et les décisions à l’âge adulte.
« Nous voulons maintenir les enfants à l’école afin qu’ils puissent continuer à apprendre. Mais au-delà de cela, il y a aussi la construction de l’être humain, des filles et des garçons », a-t-elle fait valoir.
Elle a ainsi insisté sur l’importance du développement émotionnel des enfants, en saluant notamment l’intervention de l’organisation Porticus sur cette dimension de l’éducation. Pour la ministre, investir dans l’éducation revient aussi à préparer des générations capables de construire des sociétés plus stables et de rompre avec les cycles de violence.
Un appel à s’attaquer aux causes profondes des crises
Au-delà des mécanismes éducatifs et financiers, Raïssa Malu a lancé un appel à la responsabilité collective face aux conflits qui continuent de priver des millions d’enfants de leur droit à l’éducation.
« Les crises, notamment les crises climatiques, on peut les gérer. Mais les conflits, nous avons, vous et moi, nous tous, la possibilité de les faire arrêter », a-t-elle déclaré.
Elle a notamment appelé à mettre fin aux conflits armés, aux occupations illégales des territoires ainsi qu’à l’exploitation illégale et violente des ressources naturelles.
« Nous devons maintenir les apprentissages, mais nous devons surtout nous assurer de faire arrêter les conflits, de faire arrêter les occupations illégales des territoires et de faire arrêter les exploitations illégales et violentes des ressources naturelles », a-t-elle insisté.
À travers cette intervention à Genève, la ministre d’État a défendu une vision de l’éducation associant accès, qualité, inclusion, protection et résilience. Une approche qui s’inscrit dans les ambitions du Plan quinquennal 2024-2029 du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, avec pour objectif de garantir à chaque enfant congolais la possibilité de poursuivre ses apprentissages, quelles que soient les circonstances.
Moïse Dianyishayi
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